Photo par Marion Leuger

Accorder une réflexion au cadre et aux repères que nous souhaitons mettre en place pour nos enfants est nécessaire. Pourquoi ? Car cela va leur permettre de grandir en toute sécurité et de pouvoir explorer tout leur potentiel en toute liberté dans le respect de leur personne et des autres qui vivent avec lui.

Je vais faire le comparatif avec des notions chères à la psychomotricité : l’enveloppe corporelle et le schéma corporel. C’est la connaissance et la conscience de notre « peau », des limites de notre corps, avec la perception claire d’un dedans et d’un dehors, d’un contenant et d’un contenu. Nous pouvons nous déplacer, agir sur notre environnement et faire interagir les différentes parties de notre corps car nous savons que notre corps a des limites dans l’espace, nous avons intégré la taille et le volume des parties de notre corps car nous connaissons la place qu’ils occupent dans l’espace. Sinon, on ne distingue pas notre corps de la personne d’à côté. Nous nous cognons, nous tombons, nous nous blessons, nous faisons mal à quelqu’un.

La notion de repères et de cadre éducatif, je la vois pareille : c’est parce que les balises posées par les personnes autour de moi sont claires, stables et cohérentes, que je sais quelle est la taille de mon espace de liberté, que je sais jusqu’où je peux aller sans m’inquiéter, anticiper ou (me) blesser.

L’enfant, poussé par son empathie naturelle, va découvrir simplement les règles de vie pour expérimenter et développer entre autre cette notion de bien et de mal, pour se sentir libre d’être lui-même dans un espace sécurisé et clair. Si je suis dans un pays étranger pour la première fois, j’aurai besoin de connaitre les us et coutumes du pays pour ne pas faire d’impair, pour ne pas être interpellée par les autorités, pour ne pas faire quelque chose qui pourrait blesser une personne (au propre comme au figuré). C’est pareil pour les enfants en plein apprentissage. Nous pensons qu’ils savent spontanément toutes les règles de leur lieu de vie, mais il leur faudra un temps d’apprentissage pour intégrer ces règles et ces repères.

Photo par Marion Leuger

Il existe des règles générales (comme vol/atteintes/homicides interdits…), et des règles qui sont subjectives et propres à chaque pays et à chaque famille. Par exemple dans certains pays les femmes vivent seins nus ; dans d’autres se promener seins nus est une atteinte à la pudeur et répréhensible par la loi. Idem dans les familles : ce qui va être autorisé chez l’une peut être interdite chez l’autre (monter sur le canapé, manger debout…). C’est OK à partir du moment où les choses sont clairement énoncées pour tout le monde.

Chaque enfant va réagir différemment par rapport à cette expérimentation du cadre. Un facteur à prendre en compte : le type d’attachement que l’enfant aura développé avec sa ou ses figures d’attachement. S’il a besoin d’être rassuré souvent, de temps en temps, ou s’il a lâché l’affaire… Là aussi, il n’y a rien de standard. Pas de méthode miracle ou de recettes de pâtisserie comme l’a dit Soline S’éveiller et s’épanouir de manière raisonnée . Mais plutôt du sur-mesure, de l’évolutif, grâce à l’observation, à la prise de confiance dans les compétences de son enfant et de soi-même, parent.

Certains enfants auront besoin de quelques balises éclairantes. D’autres auront besoin de balises plus grandes, plus éclairantes, plus contenantes. Parce qu’ils en auront réellement besoin à ce moment-là de leur développement. Je pense aux enfants avec un développement atypique, aux besoins spécifiques. Être ancré (au sens aligné, stable) dans ses choix parentaux, dans les repères qu’on leur offre va les aider. Et évoluer en même temps qu’eux évoluent. Rien n’est figé, on s’adapte, on ajuste. Une vraie danse !

Nous parlons souvent de la Suède comme pays exemplaire sur l’accompagnement respectueux des enfants. Dans le film « Même qu’on nait imbattables », ce qui m’a beaucoup interpellée c’est le fait que les Suédois amènent beaucoup de libertés aux enfants, et en même temps sont très friands de règles ! Le juste équilibre réside là pour moi : avoir des règles de vie pour le bien-être de la communauté et de chaque individu qui la compose, ainsi que des libertés. Ce qu’Emmi Pikler disait sur la Motricité Libre : « la liberté à l’intérieur d’un cadre défini ».

Photo par Marion Leuger

Le cadre évolue au fur et à mesure que l’enfant grandit, de ses acquisitions, de ses découvertes, selon aussi son tempérament, ses besoins…

Par exemple, laisser un enfant rentrer seul de l’arrêt du bus jusqu’à la maison est plus envisageable à 12 ans qu’à 4 ans (évidemment, selon la distance, le lieu d’habitation…). De même pour certains aliments : nous ne pouvons pas en laisser à de très jeunes enfants (cacahuètes, pistaches…) car il existe un risque d’étouffement, de réactions allergiques… Alors qu’ils pourront être proposés sans soucis à des enfants plus grands.

Pour certains enfants, la notion de *cadre* s’apparentera à un respect consciencieux et stable des repères de sa journée, des activités et des règles de vie. L’enfant va tester la solidité des repères, leur fiabilité, pour savoir s’il peut se sentir en sécurité (affective et matérielle), si l’adulte va tout le temps changer d’avis ou pas, s’il peut compter sur nous et notre prévisibilité.

Pour certains enfants, si un ou plusieurs repères ne restent pas très constants et prévisibles cela peut être source d’anxiété, alors que d’autres y seront peu sensibles. On peut alors se demander si on n’est pas trop autoritaire, s’il a peut-être besoin plus de ceci, moins de cela… Et en fait, il a juste BESOIN d’une grande stabilité de repères et de règles. Que le rituel de fin de journée soit le même, que les évènements soient prévus à l’avance ET réalisés tels qu’annoncés. Ce besoin est observé chez les enfants assez anxieux, avec sentiment d’insécurité intérieure, qui ont plus besoin de prévisibilité que d’autres enfants. C’est comme ça, c’est leur besoin. Il ne s’agit pas, évidemment, de faire preuve d’autoritarisme où l’adulte décide de tout sans un mot pour l’enfant. Mais plutôt où l’adulte vient accompagner l’enfant en lui montrant qu’il peut compter sur lui pour qu’il se sente contenu, soutenu et appuyé dans son environnement, dans ses découvertes. Cela nous demande une grande sensibilité et sens de l’observation de ces rituels et repères qui contiennent l’enfant et le structurent.

Marion.