Photo par Marion Leuger

Nous pensons « punition » quand nous nous trouvons désemparés face à certains comportements ou réactions de l’enfant. En imaginant contrôler ses comportements, nous imaginons pouvoir faire changer les choses. Or notre responsabilité d’adulte est la suivante : travailler sur les repères offerts à l’enfant et sur l’écoute des besoins. Je vais donc vous parler des besoins chez le jeune enfant (0-6 ans).

Si mon enfant ne fait pas autrement, c’est bien souvent qu’il ne peut pas (et non qu’il ne veut pas). Et en général, c’est parce qu’un ou plusieurs de ses besoins ne sont pas satisfaits et qu’il n’est pas en capacité (cognitive, émotionnelle, motrice) de réagir différemment. Et je parle bien de besoin, non d’envie ou de désirs. Les besoins sont limités, alors que les désirs sont illimités !

Il existe différents besoins fondamentaux propres à chaque être humain. Le méta-besoin sur lequel s’accordent plusieurs spécialistes et professionnels (= le 1er besoin fondamental avant les autres) : c’est le besoin de sécurité affective. L’enfant a besoin de se sentir en sécurité pour pouvoir agir, jouer et explorer librement. Il a besoin de savoir que ses figures d’attachement sont bien là, présentes, prévisibles et stables. Qu’elles lui garantissent une présence et des repères pour évoluer en sécurité, et qu’elles seront là s’il a besoin d’elles pour se rassurer. Il y a ensuite les besoins physiologiques (boire, manger, dormir…), le besoin d’appartenance à un groupe ou une communauté (être rassuré d’être intégré à la famille, à la fratrie, au groupe de pairs), le besoin de réalisation de soi (faire par moi-même),… Vous pouvez vous renseigner sur le sujet notamment avec les travaux sur la Pyramide de Maslow.

Alors avant de réagir vivement, de penser qu’un enfant vous nargue, le fait exprès, qu’il est mal élevé, manipulateur ou colérique, posez-vous d’abord cette question : Pourquoi est-ce qu’il ne PEUT PAS faire autrement ? Quel besoin cherche à être assouvi ? Cela implique de changer notre angle de vue de la situation, de se mettre à leur hauteur et de les écouter sincèrement, de cœur à cœur. Cela veut dire aussi pouvoir être disponible pour être empathique. Et ça, je vous l’assure, ce n’est pas facile tous les jours… !

Photo par Marion Leuger

Exemples pour illustrer :

*A 4 ans elle saute sur le canapé pour danser malgré rappel de la consigne et propositions d’alternatives : sauter sur un tapis ou dehors… Rien n’y fait, elle y revient. Après l’avoir regardée et m’être mise à sa hauteur, je comprends qu’elle danse sur le canapé car elle se voit en miroir dans l’écran de la télé… Je propose une autre alternative de lieu avec un reflet : devant la baie vitrée ! Solution trouvée : besoin satisfait chez elle (danser en se regardant) et chez moi (le canapé est fait pour s’asseoir, sinon risque de chute et de détérioration du canapé).

*15 mois, il marche et vide tous les placards de la cuisine, notamment les bocaux de farine, levure, lentilles… Besoin d’expérimentation, d’apprentissage des matières, de contenant/contenu : j’installe un petit espace à sa hauteur avec des contenants et des matières à explorer de manière autonome et en toute sécurité. Solution trouvée : besoin satisfait chez lui (explorer) et chez moi (avoir la cuisine rangée).

*Il oublie tous les mots de politesse pour demander qqch quand on arrive chez les grands-parents, et je me prends des réflexions : « quand même, à son âge, il devrait le dire sans qu’on lui rappelle »… Rappel général : la « politesse » est un concept social abstrait qui n’est intégré par l’enfant (= y met du sens et peut l’automatiser) qu’autour de 5/6 ans. Alors je reprends avec mon enfant en disant «Merci papa » (quand je le sers), « S’il te plait mamie » (quand il demande qqch à mamie), afin de lui créer une rampe de lancement pour lui rappeler la route que nous avons commencé à construire ensemble sur la politesse.

*Elle grimpe partout à 26 mois, pousse des chaises et ses caisses de jeu dans toute la maison. C’est un besoin physiologique à cet âge de mettre en jeu son corps maintenant que la marche est maitrisée. Besoin de mesurer sa force physique, de renforcer son tonus, d’expérimenter la gravité… Solution : créer des parcours moteurs avec coussins, bassines de linge, caisses de jeux… Aller au parc, ou parc d’intérieur, afin d’assouvir ce besoin physiologique dans son développement psychomoteur.

Marion.