J’ai 2 mois, et mon corps m’appartient. Et pourtant…

On m’embrasse sans me l’avoir demandé, on me change la couche sans m’en avoir informé, on me prend dans les bras sans me l’indiquer, et surtout : sans demander à mes figures d’attachement. On me pose parfois sans s’en soucier. On m’installe, me manipule, m’habille, sans réellement porter attention à mon confort.

J’ai 13 mois, et mon corps m’appartient. Et pourtant…

On m’embrasse sans me l’avoir demandé, on me change la couche sans me parler, on regarde dans ma couche sans me prévenir, on me prend dans les bras sans me regarder, on me touche sans m’avoir interrogé : « et moi, est-ce que j’en ai envie ? » On me papouille sans m’avoir sondé : « et moi, est-ce que je peux faire pareil sur vous ? ». On me fait porter des accessoires sans vraiment se demander leur utilité.

On me gronde sans trop se questionner, on me frappe parfois sans trop sourciller.

J’ai 3 ans, et mon corps m’appartient. Et pourtant…

On m’installe sur des toilettes avec 15 autres enfants. On m’essuie les mains sans me demander. On m’habille sans vraiment m’apprendre. On me force à embrasser les gens alors que je ne les connais pas. On me tape pour m’éduquer. On me dit que je n’ai pas mal, pas chaud, pas faim, pas soif, pas peur… sans réellement s’interroger : « et moi, qu’est-ce que je ressens ? »

J’ai 11 ans, et mon corps m’appartient. Et pourtant…

On commence à me regarder parce que les signes de l’adolescence ont commencé à émerger. On me demande de me déshabiller face aux médecins, et à mes parents, comme si mon corps n’avait pas changé. Les magazines me dictent comment je dois m’habiller, me comporter avec eux, me comporter avec elles, pour rentrer dans la norme et être aimé. Mon corps est en train de changer, et personne pour m’aider à le décoder.

J’ai 21 ans, et mon corps m’appartient. Et pourtant…

J’adapte ma tenue vestimentaire en fonction de mon lieu de vie et de travail. En fonction de mes sorties avec les amis, si je rentre seule ou accompagnée, si je risque de me faire voler ou respecté. Je me rends chez le médecin en étant considéré comme une pathologie, un bout de corps, ou un bout de chair à enlever.

J’ai 32 ans, et mon corps m’appartient. Et pourtant…

On me dicte comment je dois mettre au monde mon enfant, quel contraceptif est le plus adapté pour moi… On juge pour moi que je suis trop jeune pour une vasectomie. On me regarde comme si je ne faisais aucun effort pour avoir un corps tonique et musclé. On me juge si je mange trop gras, trop salé, trop sucré, pas assez bio, pas assez local, pas assez de saison. 

J’ai 86 ans, et mon corps m’appartient. Et pourtant…

On me donne à manger comme on gave une oie. On me fait la toilette comme on nettoie mes sanitaires. On me parque dans un coin en attendant la prochaine sortie. On me promène en fauteuil comme on pousse un chariot de supermarché.

J’ai 2 mois. J’ai 13 mois. J’ai 3 ans. J’ai 11 ans. J’ai 21 ans. J’ai 32 ans. J’ai 86 ans.

Mon corps m’appartient. Et pourtant… en grandissant, j’ai appris que mon corps ne m’appartient pas. Qu’il est libre d’accès par les adultes, les médecins, les hommes, les Autres… 

Alors, à nous adultes d’inculquer à nos enfants le respect de leur corps et du corps de l’autre. A nous adultes de leur montrer le respect de soi, le respect de l’autre, et des limites.

Que j’ai 2 mois, 11 ans, ou 86 ans, mon corps m’appartient.