« Marie »,

   A toi, que je reçois chaque semaine en séance psychomotricité, et qui me laisse tant en difficulté à la fin de nos 45 min d’échange… Que dis-je ? Après mes tentatives d’échange… en vain. Je n’arrive pas à trouver le levier te permettant de progresser, de t’ouvrir au monde et de découvrir de nouvelles choses. Je n’arrive pas à trouver la petite porte d’entrée qui me permettrait d’accéder à tes centres d’intérêts profonds. Je ne sais pas quoi faire… Et ce, depuis des semaines. Je me sens terriblement seule en séance, et abandonnée. Pas par toi, non… Mais par mes compétences, mes outils, mes diplômes, mon expérience, mes antennes, mes observations… Je sens également, lourdement, le poids de la douleur de tes parents. A réaliser, chaque semaine, que nous n’y arrivons pas. Ni toi, ni moi… Nous n’arrivons pas à trouver un terrain commun sur lequel grandir toutes les deux.

   Et ta maman, qui se montre par moment en colère contre moi. Parce qu’elle n’en peut plus d’attendre et de voir le temps passer. Mais ce qu’elle ne sait pas, « Marie », c’est que le soir je rentre chez moi avec toi. Et avec les 16 autres patients que je vois chaque semaine. Parce que je n’arrive malheureusement pas à différencier mon investissement personnel de mon investissement professionnel… Et que je vous porte dans mes tripes, mes petits patients adorés… Vos parents me confient une tâche si délicate : ils confient entre mes mains une partie de votre vie et de votre avenir. Et me dire que si vous n’arrivez pas à atteindre votre maximum, parce que je n’ai pas été au mien, m’est insupportable…

   Il m’arrive par moment de ne pas être disponible pour coucher mes enfants, tout simplement parce que je pense à toi, à vous. « Qu’ai-je loupé ? Que n’ai-je pas vu ? Quel mot ai-je utilisé et qui a pu faire autant réagir cette maman ? Et si j’essayais plutôt cette approche ? » Je me couche tard dans la nuit parce que je n’aime pas rester dans l’impasse, ne pas avoir trouvé la solution. Et même lorsque je me couche, je pense à vous, qui d’entre vous je vais voir le lendemain. Vous ne me quittez jamais car je vous porte, profondément, dans mon cœur et dans mes tripes. Il parait même que parfois, je vous fais passer avant mes propres enfants…

   Mais j’y arriverai « Marie ». Parce que j’y suis toujours arrivée, d’une façon ou d’une autre. Je ne lâcherai rien, ni pour toi, ni pour les autres. Car votre vie et vos qualités sont si précieuses.

Marion.