« Ah tu as joué à la poupée avec Marion ? Comme à la maison quoi !…. »

   Oui, comme à la maison. Parce que dans mon métier, si je ne fais pas « comme à la maison », mon objectif de travail perd tout son sens.

   Oui, comme à la maison, nous jouons à la poupée et à la dinette, à transvaser des lentilles dans des boites, aux puzzles, à dessiner, à se lancer un ballon, à jouer au caché-coucou, à faire de la peinture, à faire des grimaces et marcher au rythme d’un tambour, à répéter 100 fois « je te donne / tiens », à sauter, à danser…

Et comme à la maison, vous verrez votre enfant jouer de la même façon, ou presque. Comme à la maison, il ne comprendra pas pourquoi une fois l’objet caché, il doit essayer de le retrouver. Pourquoi lorsqu’il loupe le gobelet il y a des lentilles partout. Pourquoi il doit me regarder pour envoyer le ballon. Pourquoi il ne me regarde pas dans les yeux. Pourquoi il n’attrape pas quand l’objet que je lui tend…

   Et je sens bien au fond de vous que cela vous désole, vous blesse, vous renvoie à cette difficulté de développement que présente votre tout-petit… « Pourquoi fait-elle cela alors qu’il n’y arrive pas ?? »

   Mais à la maison, ce que vous ne verrez pas aussi finement qu’en séance de rééducation, c’est si votre petit est plus sensible au noir et blanc ou aux couleurs, s’il attrape avec son pouce et son index ou plutôt avec sa pince inférieure. Si l’amplitude de rotation de son poignet est importante ou limitée. S’il ne me regarde pas parce qu’il faut surement proposer un examen ophtalmo ou s’il y a un problème de contact. Si la trajectoire loupée de la cuillère est liée à un problème de vitesse de mouvement ou de coordination du geste. S’il a compris le lien de cause à effet de la trace graphique avec son geste à lui. S’il est plus sensible aux objets souples ou aux objets solides. S’il est plus sensible aux vibrations ou à l’enveloppement. S’il procède par méthode d’apprentissage essai-erreur ou s’il anticipe sa réponse. S’il plaque des comportements d’imitation ou s’il entre pleinement dans le jeu symbolique. S’il arrive à joindre ses mains devant l’axe ou si ses mains restent de chaque côté de l’hémicorps. S’il arrive à enrouler son bassin pour se retourner ou s’il se retourne en bloc…

   Tout ceci, vous ne le verrez pas aussi finement à la maison, pas parce que vous ne savez pas observer votre enfant, mais parce que vous l’observez différemment. Et parce que moi, c’est mon métier d’observer tout ceci. De décortiquer toutes les compétences psychomotrices de votre enfant, autant qualitativement et quantitativement. Pour justement, pouvoir vous donner des pistes à explorer à la maison pour l’aider à progresser. Et pour que votre tout-petit applique et s’entraine à la maison, comme ce qu’il a expérimenté en séance.

   Je ne peux pas me passer de votre regard de parent, car vous êtes le meilleur expert de votre enfant. Et vous avez besoin de mon regard de professionnelle pour vous donner les coups de pouces ou les pistes complémentaires que vous n’avez pas encore exploré.

   Alors en effet, en séance avec Marion, on fait souvent « comme à la maison ». Mais ne soyez pas surpris. Si je fais tout ceci, c’est pour qu’un jour il n’ait plus besoin de venir me voir. Car il saura alors faire seul et en autonomie, à la maison, « comme avec Marion ». Mais sans Marion, et sans séance de rééducation.