L’enfant en bonne santé, n’est pas un état « normal ». Soit disant « statistiquement en majorité dans un échantillon représentatif de la population ». La bonne santé d’un enfant n’est pas quelque chose de normal. Ni quelque chose qui est dû.

   Non. Et définitivement non. Un enfant « en bonne santé » ce n’est pas « normal ». Cela relève du miracle. Et rare sont les personnes qui réalisent à quel point avoir un enfant « normal » est un vrai don du ciel. Au diable les rhumes, brochiolites, et autres GEA… C’est du pipi de chat dans la vie d’un enfant. Dans une vie.

   Non. Les vraies personnes qui savent et peuvent apprécier l’état simple et si rare d’une « bonne santé », sont celes qui traversent un terrible destin. Avoir son enfant malade. Gravement. Un jour j’ai entendu, « il n’y a rien de pire que de survire à ses enfants ». Bon sang que c’est criant de vérité. Effroyablement vrai. Cette phrase me hante. Et me fout la honte, quand je repense à toutes les fois où je me suis plainte pour des broutilles…

   Les vrais héros, ce sont ces mères-courages. Ces enfants-courages. A qui un jour, on a pondu le nom d’un syndrome, d’une maladie, d’une pathologie lourde. Et où, à partir de ce jour là, la guerre a été déclarée. Contre la vie. Mais aussi pour la vie. Contre la maladie. Pour son enfant. Pour sa famille.

L’admiration sans borne que j’éprouve pour ces familles… Je les regarde depuis en bas, tout en bas que je suis, face à l’immensité de leur vie… de leurs épreuves… Et je pleure de ne même pas arriver à atteindre leur main pour les encourager, les accompagner, les soutenir…

   Au fond, en ont-ils vraiment besoin ?

   Car ce sont eux, les vrais héros. Ce sont eux, qui ont tout compris à la vie. Parce qu’ils ont la malheureuse chance de pouvoir rendre palpable la frontière, invisible pour la plupart des mortels, entre la vie et la mort. Les « petits » bonheurs du quotidien, ils les embrassent, tendrement, passionnément. Ils ont un autre regard sur la vie, sur les autres. Ils voient le monde autrement. Comme si leur destin leur avait permis de retrouver la vue… Contrairement à nous avec nos vies ordinaires…

   Et si au fond, ce n’était pas seulement que « terrible ». Pas seulement « horrible » ou « inimaginable »… Et si en fait, ils étaient des Elus… Des Elus pour apprécier la vie, comme on croque dans une pêche sucrée et juteuse en plein été, avec ce jus qui coule entre les doigts, sur le poignet, et qu’on lèche avec délectation pour ne pas arrêter ce plaisir primaire que de goûter à ce que la Nature nous offre… d’aussi simple et beau qu’un fruit en plein été.

Et si en fait, « On » les avait choisi, ces Elus, parce qu’il n’y avait qu’eux pour vivre cela. Qu’il n’y avait qu’eux, capables de surmonter ces épreuves, ces douleurs.

   Car ils dégagent une énergie de vie si puissante, qu’ils donnent l’impression d’avoir en eux une source intarissable. Comme s’ils l’avaient toujours eu, mais n’avaient pas réussi à la trouver, cette source d’énergie…

   Ouais, en fait ce sont des Elus. Ils ont été choisis, et ce n’est pas sans raison. C’était eux, et pas d’autres car ils avaient CETTE source-là. Cette force-là. Et qu’ils sont là, tels des guides spirituels, pour remettre en mémoire au commun des mortels quelles sont les essences même de la Vie.

   Alors oui, ça ne va pas sans douleur, sans déchirure, sans traumatisme, sans blessures, sans cicatrices… Mais telle est la contre-partie de cette faculté, de ce don qu’ils ont en eux.